Bienheureux Guy de Montpellier

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L'époque dans laquelle Guy de Montpellier il a vécu rappelle la nôtre. L'Europe en train de s'unir, le conflit entre l'empire et la papauté, la volonté de revenir à l'ardeur originaire liée à l'Evangile. Des changements dynamiques au niveau social et au niveau  économique ont fait en sorte que–ce qui arrive également aujourd'hui- le nombre de pauvres, de dépourvus de moyens les plus nécessaires de vivre augmente. Et si l'on y ajoute encore la question des enfants abandonnés, des personnes malades et des personnes âgées rejettées en marge de la vie, tout cela fait qu'il se crée à nos yeux une image bien connue de notre vie quotidienne. La question est de savoir si les inspirations de l'Esprit auxquelles Guy de Montpellier était fidèle, sont-elles aussi bien importantes de nos jours?
Un jour, Marthe Robin a dit: “Ce n'est pas seulement que le monde contemporain attende des prédicateurs de la bonne nouvelle, mais plutôt des endroits , où l'on vit selon l'Evangile”. C'était justement la maison du Saint-Esprit, fondée par le bienheureux Guy de Montpellier, qui réalisait cet objectif. Ici tout homme étant dans le besoin pouvait ressentir de la consolation inspirée du Saint-Esprit, manifestée de façon visible par les qualités du Fruit de l'Esprit-Saint telles que la charité (ou l'amour), la joie, la paix…, où avec Son aide il était plus facile de vivre sa souffrance et sa misère dans l'union avec la passion de Jésus-Christ. Dans cet endroit des frères, des sœurs et des laïcs travaillaient ensemble de façon harmonieuse et dans le même esprit. Mais commençons depuis le début...

 

Le bienheureux Guy est né à Montpellier autour des années 1160. Il était le quatrième fils du prince Guilhem VII et de Mathilde comtesse de Bourgogne. Il avait trois frères et cinq sœures. Depuis plus de 200 ans la ville de Montpellier était dirigée par la famille des Guilhem, seigneurs de cette ville. Le bienheureux Guy de Montpellier (1160-1208), a vécu sous les pontificats de sept papes. Le pape Alexandre III (1159-1181) dont le pontificat s'est déroulé en grande partie dans le cadre d'un conflit avec l'empereur Frédéric I Barberousse, pendant les années 1162 et 1165 doit se réfugier en France sous la pression de l'empereur, entre autres, dans le siège d'un évêché situé sur l'île de Maguelone et aussi à Montpellier à la cour de Guilhem VII (père du bienheureux Guy). Ainsi, l'enfance, la jeunesse du bienheureux Guy et la construction d'une première Maison du Saint-Esprit dans sa ville natale Montpellier (vers 1180) sont liées au pontificat de ce grand pape.

A l'âge de douze ans il perd ses parents. Après leur mort il a été envoyé faire son éducation chez les Templiers. Après six ans, probablement en décembre 1178, il abandonne le Temple. Tout de suite après ou un peu plus tard, c'est- à-dire vers les années 1180, Guy fonde le premier véritable hôpital du Saint-Esprit dans sa ville natale. L'hôpital- «hospitalis» - c'est selon le fondateur de l'Ordre du Saint-Esprit une «maison hospitalière», où des pèlerins, des malades, des pauvres, des mères solitaires, des nouveaux-nés abandonnés et tous ceux qui désiraient se convertir et changer leur vie pouvaient y trouver refuge et être consolés. 


La structure de la vie de l'ordre à l'hôpital de Montpellier semble être tout à fait novatrice. Les frères du Saint-Esprit, les sœures du Saint-Esprit et la confrérie du Saint-Esprit ce sont trois branches de la nouvelle communauté.

L' hôpital du Saint-Esprit de Mont-pellier était situé à l'extérieur de murailles de la ville (près de « Faubourg de Nîmes » actuel), non loin de la porte, qui s'ouvre dans la direction du faubourg Saint-Gilles, qui est devenu «Portalières du Saint-Esprit ». Des bâtiments hospitaliers occupaient un terrain situé au croisement du «Chemin des pèlerins» et de la rivière Merdanson (aujourd'hui dite Verdanson). Leur localisation-près de murailles de la ville avec l'accès à l'eau courante, à une certaine distance d'autres maisons d'habitation-typique pour la plupart d'autres futurs hôpitaux du Saint-Esprit.

 

Au cours des années 90 du XXe siècle, il n'y a presque plus de trace de constructions de l' hôpital du Saint-Esprit. Il ne restent que de vieilles maisons peu nombreuses, qui vont être démollies près de la ruelle du Saint-Esprit. En 1998, à l'occasion des travaux réalisés dans la ville, on a entrepris des recherches archéolo-giques, qui ont présenté l' hôpital originaire sous un jour nouveau. On a découvert alors des contours du bâtiment originaire érigé par le bienheureux Guy. Les fondements de l'oratoire et certains éléments du bâtiment ont été dégagés et transportés dans une autre place, un parc spécialement préparé afin de l'exposer. On   y a mis également des table-aux en pierre, qui parlent de l'activité du bienheureux Guy de Montpellier.

Le socle de la spiritualité de l'Ordre du Saint-Esprit est celui de s'ouvrir à l'action du Saint-Esprit, ce qui implique de la coopération avec sa grâce, ses dons, ses fruits et ses inspirations. Les fruits de son action (Ga 5,22) tels que l'amour, la joie, la paix, la patience, la douceur... devraient se révéler dans toute la communauté, dans le service en faveur du prochain dans le besoin... La Sainte Vierge Marie est un modèle du dévouement à Dieu, de l'obéissance au Saint-Esprit dans la vie spirituelle et de l'accomplis-sement d'une vocation. Ainsi l'on peut expliquer une solennelle mise en valeur de Marie dans la formule des vœux monastiques: je m'offre et je me dévoue à Dieu, à la Sainte Vierge, au Saint-Esprit et à nos malades, nos pauvres, si bien que je leur servirai jusqu'au bout de mes jours.

Le bienheureux Père Guy désirait que les membres de sa famille monastique aperçoivent en leurs prochains la face du Christ souffrant. Il en résulte un culte particulier de face du Christ fort enraciné dans la spiritualité de l'Ordre et une sensibilité remarquable face aux Paroles de Jésus-Christ du chapitre 25 de l'Evangile selon Saint-Matthieu: «...chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait! ».
Etant donné que des statuts composés par le bienheureux Guy de Montpellier étaient basés sur la règle de Saint-Augustin, tout comme les règles d'autres ordres des chanoines, ils préconisaient l'amour pour l'Evangile, la prière surtout liturgique et également la formation d'une vie de la communauté dans l'esprit d'harmonie de la prière et du travail de caractère apostolique et charitable suivant le modèle d'une première commune chrétienne à Jérusalem.

Les mots qui font partie de la bulle du pape Innocent III « His praecipue » du 22 IV 1198 constituent une preuve éloquente de la forme de vie monastique et d'exercice de la charité rendu aux personnes dans le besoin à l'hôpital de Montpellier. Nous y lisons entre autres : «Parmi tous les autres hôpitaux nouveaux fondés, l'hôpital du Saint-Esprit, qui a été fondé à Montpellier par Guy, le fils bien-aimé, se distingue par son esprit monastique, il fait briller la lumière de la charité et les actions du divin idéal de la miséricorde face aux indigents, et ceux qui le savent le mieux sont des personnes qui l'ont expérimenté personnellement. C'est ici en effet que des personnes qui n'ont pas de quoi manger ni de quoi se vêtir reçoivent de l'aide, des malades obtiennent les services nécessaires et également ceux qui ont besoin d'être soulagés de leurs misères sont soutenus. Si bien que le supérieur de l'ordre et les frères, au lieu d'être nommés maîtres de maison, sont des serviteurs de personnes de toutes conditions qui partagent leurs misères. Ils exerçaient tous les actes de miséricorde et de charité, méprisant leur propre vie pour  le salut de leur prochain ».

Ils ont pris comme signe distinctif une croix qui est le symbole de l'Ordre du Saint-Esprit et qui compred toute la spiritualité de la communauté religieuse. Ce signe représente deux croix reliées ensemble, celle du Christ et celle de chacun de nous. Le signe de la colombe qu'on voit monter sur la croix rappelle que l'union de nos peines, nos souffrances, nos sacrifices avec le mystère pascal du Christ se réalise à l'aide d'une grâce particulière du Saint-Esprit. Plus cette union est profonde, plus la vie humaine fructifie en : l'amour, la joie, la paix...- c'est-à-dire douze fruits (croix à douze pointes), dont parle St-Paul dans l'épître aux Galates (Ga 5,22). Le bienheureux Guy voulait que l'exercice de la charité rendu aux indigents par les membres de la communauté découle de cette source et prenne cette forme.

Dans le 36º chapitre de la règle dont la paternité est attribuée au bienheureux Père Guy nous lisons : « Selon les possibilités de la maison qu'on nourrisse les enfants, les orphelins, et également des femmes enceintes abandonnées et sans moyens, qu'elles soient reçues sans payer et traitées avec amour ». Le Fondateur a confié le soin des enfants aux religieuses, qui comme nous lisons w le 94º chapitre de la règle mentionnée ci-dessus, relevaient des mêmes statuts que les frères. On a préparé une place spéciale près de la porte de l'hôpital-un tambour mobile avec ouverture doté d'un heurtoir-où l'on pouvait à n'importe quel moment laisser un enfant non désiré ou trouvé. A la personne qui ammène un bébé, la discrétion est assurée.

 

Le chapitre 7 de la règle dit : « Une fois des malades venus ou transportés à la Maison du Saint-Esprit, ils devraient tout d'abord se confesser et communier. Par la suite, ils devraient se mettre au lit, et comme les seigneurs ils y seront tous les jours nourris et servis avec l'amour ». Une fois par semaine, les frères se rendaient dans les rues de la ville à la recherche des enfants abandonnés, des orphelins, des malades et des pauvres. Il fallait amener toutes ces personnes à l'hôpital et ensuite les soigner avec une grande attention. S'il y manquait de places, ils étaient obligés de les soigner dans des maisons privées, sauf pour les enfants qui étaient toujours supposés être hospitalisés.

Outre les trois vœux communs à tous les ordres religieux, les frères et sœurs de l'ordre des hospitaliers du Saint-Esprit en faisaient un quatrième celui de servir perpétuellement les malades... « Moi, N., je m’offre et me donne à Dieu, à la Bienheureuse Marie et à nos seigneurs les malades, pour être leur serviteur tous les jours de ma vie... ».

 

Le couronnement de tous les efforts de la vie de Guy de Montpellier était le bref Ad commemorandas nuptias du 3 janvier 1208 dans lequel le pape Innocent III communique sa décision d'établir à l'Hôpital du Saint-Esprit une « sainte station ». Le pape a ordonné que le premier dimanche qui suit l'Epiphanie « le voile avec l'image de Jésus de la Basilique Saint-Pierre » soit porté en procession solennelle et exposé pour la dévotion des fidèles dans le lieu où tous les jours l'on essuie le visage exténué du Christ en exerçant la charité en faveur du prochain.   

Dans son bref Ut caput Ordinis Sancti Spiritus sit in urbe Roma du 8 juin 1208, Innocent III a rappellé la mort heureuse du fondateur de l'ordre et a nommé son successeur, le frère Granerio. La mort de Guy a eu lieu entre le 13 janvier et le 8 juin 1208 selon les sources mentionnées. Après des années, le frère Pierre Saunier a décrit le fondateur:  « Guy d'origine noble, riche en dons de la fortune, encore plus éminent par les dons de la sagesse, illuminé par la foi, qui brûle d'amour, tendre adorateur des indigents qu'il honorait comme les seigneurs, respectait comme les supérieurs, aimait comme les frères, soignait comme les fils, adorait comme les images du Christ ».